Soutenance de thèse

Le Lundi, 29. juin 2026 -
14:00 - 19:00
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Mme Marie BARISAUX

Soutiendra lundi 29 juin 2026 à 14 h

Amphi 206 à l’Institut Agro Montpellier

une thèse de DOCTORAT

Discipline : Géographie et aménagement de l’espace

Titre de la thèse : S'installer, à quel prix ? Représentations et organisation du travail gratuit dans l'installation agricole

Composition du jury :

  • M. Pierre GASSELIN, Ingénieur agronome, INRAE, codirecteur de thèse
  • Mme Caroline MAZAUD, Enseignante-chercheuse, École supérieure des agricultures
  • M. Michaël POUZENC, Professeur, Université Toulouse - Jean Jaurès
  • M. Laurent RIEUTORT, Professeur, Université Clermont Auvergne
  • M. Jan Douwe VAN DER PLOEG, Professeur, Université de Wageningue (Pays-Bas)
  • Mme Florence WEBER, Professeure émérite, ENS

Résumé de la thèse :

Dans un contexte marqué par l’érosion continue du nombre d’actifs agricoles, l’installation constitue un enjeu politique central pour l’avenir du secteur. Cette question se complexifie toutefois avec la diversification des profils des nouveaux entrants, et notamment la part croissante de personnes non issues du milieu agricole (NIMA), dont les trajectoires d’accès au métier s’avèrent plus incertaines, discontinues et coûteuses en travail. Parallèlement, le travail gratuit, ressource à la fois essentielle et constitutive de l’activité agricole, occupe une place particulièrement décisive durant la phase d’installation, caractérisée par une sous-rémunération structurelle et par des besoins en travail élevés. Cette situation met en tension l’objectif politique de renouvellement des générations et la dépendance persistante du secteur à différentes formes de travail gratuit, invitant à interroger simultanément le vécu des travailleurs et les modalités concrètes d’organisation de ce travail au sein des exploitations.
Le travail gratuit est ici appréhendé dans toute sa diversité. Loin d’être réduit au seul travail non rémunéré, il est envisagé comme un ensemble hétérogène de pratiques situées dans un espace intermédiaire entre emploi marchand et engagement hors marché, combinant volontariat et contrainte, invisibilité économique et sociale, et contreparties non monétaires. Ancrée en géographie du travail, cette thèse propose une approche compréhensive du travail gratuit, structurée en trois volets complémentaires.
Le premier volet propose une scoping review consacrée au travail gratuit en agriculture, visant à analyser la manière dont la littérature scientifique s’est saisie de cet objet. Les résultats mettent en évidence le rôle central du travail gratuit dans le fonctionnement des exploitations agricoles, principalement assuré par les femmes, les enfants, les travailleurs migrants et les volontaires. Sa mobilisation varie selon les modèles agricoles et s’inscrit dans des rapports sociaux inégalitaires de genre, de classe et de statut. Bien qu’il constitue une ressource indispensable à la viabilité économique des exploitations, ce travail demeure largement invisibilisé, tant dans les analyses économiques que dans les dispositifs d’action publique.
Le deuxième volet s’intéresse aux représentations du travail gratuit chez les nouveaux installés, à partir d’entretiens semi-directifs menés dans la région du Conflent, dans les Pyrénées-Orientales. La thèse montre que le travail gratuit est perçu comme une réalité instable, continuellement renégociée au regard des contreparties attendues et des équilibres sociaux qui lui donnent sens. Le caractère informel, subjectif et parfois implicite de ces contreparties rend ces équilibres fragiles: lorsqu’ils se rompent, le travail gratuit peut basculer d’une expérience perçue comme légitime et acceptable vers une expérience vécue comme injuste, voire exploitante. En mobilisant le cadre d’analyse des proximités et en raisonnant à l’échelle des systèmes d’activités, ce volet met en évidence la circulation du travail gratuit dans l’espace et dans le temps, ainsi que les inégalités des agriculteurs pour mobiliser durablement cette ressource.
Le troisième volet porte sur les représentations du travail gratuit chez les acteurs de l’accompagnement à l’installation agricole. À partir d’entretiens compréhensifs et d’observations menés auprès de différentes structures, la thèse met en évidence un gradient de représentations, allant d’un encadrement normatif du travail gratuit à sa banalisation pragmatique. Ces représentations orientent les pratiques d’accompagnement, influençant à la fois les diagnostics portés sur les projets d’installation et les formes de soutien proposées.
En définitive, la mise en visibilité du travail gratuit en agriculture ouvre une réflexion critique plus large sur des enjeux de justice sociale, et sur les conditions sociales d’accès au métier agricole.

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In a context marked by the continuous decline in the number of agricultural workers, farm establishment has become a central political issue for the future of the sector. However, this issue is becoming more complex with the diversification of new entrants’ profiles, particularly the growing share of individuals not from farming backgrounds (NIMA), whose pathways into the profession tend to be more uncertain, discontinuous, and labor-intensive. At the same time, free labor – both an essential resource and a constitutive element of agricultural activity – plays a particularly decisive role during the establishment phase, which is characterized by structural under-remuneration and high labor demands. This situation creates tension between the political objective of generational renewal and the sector’s persistent reliance on various forms of free labor, prompting a need to examine both workers’ lived experiences and the concrete ways in which this labor is organized within farms.
Free labor is approached here in all its diversity. Far from being limited to strictly unpaid work, it is understood as a heterogeneous set of practices situated in an intermediate space between market employment and non-market engagement, combining voluntariness and constraint, economic and social invisibility, and non-monetary forms of compensation. Grounded in labor geography, this dissertation proposes a comprehensive approach to free labor, structured around three complementary components.
The first component consists of a scoping review devoted to free labor in agriculture, aiming to analyze how the scientific literature has addressed this object. The results highlight the central role of free labor in the functioning of farms, primarily carried out by women, children, migrant workers, and volunteers. Its use varies across agricultural models and is embedded in unequal social relations of gender, class, and status. Although it constitutes an indispensable resource for the economic viability of farms, this labor remains largely invisible, both in economic analyses and in public policy frameworks.
The second component examines representations of free labor among newly established farmers, based on semi-structured interviews conducted in the Conflent region, in the Pyrénées-Orientales. The dissertation shows that free labor is perceived as an unstable reality, continually renegotiated in light of expected returns and the social balances that give it meaning. The informal, subjective, and sometimes implicit nature of these returns makes these balances fragile: when they break down, free labor can shift from an experience perceived as legitimate and acceptable to one experienced as unfair, or even exploitative. Drawing on the analytical framework of proximities and reasoning at the scale of activity systems, this component highlights the circulation of free labor across space and time, as well as inequalities among farmers in their ability to sustainably mobilize this resource.
The third component focuses on representations of free labor among actors involved in supporting farm establishment. Based on in-depth interviews and observations conducted within various organizations, the dissertation identifies a gradient of representations, ranging from a normative framing of free labor to its pragmatic normalization. These representations shape support practices, influencing both the assessments made of farm establishment projects and the forms of assistance provided.
Ultimately, bringing free labor in agriculture into view opens up a broader critical reflection on issues of social justice and on the social conditions of access to the farming profession.

Dernière mise à jour : 10/06/2026